19 janvier 2018

Transporteur du Pauvre : le collaboratif au service du public

Par Claire-Marine Selles Crédit Vidéo

Si vous déménagez en 2018, vous allez aimer cet article. Si vous aimez les histoires de réussite sans compromis, également.

Salah Didouche n’a pas encore la trentaine, une carrure imposante, le verbe calme et la barbe soigneusement taillée. Il dirige le Transporteur du Pauvre, une tout jeune société qui utilise les technologies collaboratives pour casser les prix des déménagements, mais pas seulement.

La Maison Mahdil a eu la chance d’accompagner Salah pour créer la première architecture légale du TdP et de chouettes vidéos, il a accepté de consacrer quelques minutes pour expliquer sa vision de l’entreprenariat à votre Journal :

Notre spécialité, c’est de proposer des solutions de transport aux niveaux local et extra-local, pour les particuliers et les professionnels : la livraison de petits et moyens volumes, c’est-à-dire les déménagements, les réassorts de magasins, etc... On est partis du constat que le transport est trop cher quand on ne peut pas le faire soi-même et très compliqué quand on a pas le permis.


Par exemple, l’accès au déménagement est difficile : c’est entre 1000 et 1500 euros en moyenne, or le salaire médian est de 1600 euros. Donc si le déménagement coûte disons 1100€, il faut choisir entre ses meubles et payer son loyer, ou pas : nous, on rend ça accessible. On s’adresse autant à l’étudiant qui arrive à Paris et qui veut meubler son appart avec ce qu’il a acheté sur LeBonCoin, qu’à la petite famille qui déménage de son 80m² pour aller en banlieue.

On assiste aussi de grands groupes dans leurs besoins spécifiques : en journée, les poids lourds ne sont pas autorisés dans Paris, donc si une livraison s’avère insuffisante vis-à-vis de la demande du jour, c’est la rupture de stock en magasin. Nous mettons donc à disposition des véhicules plus légers qui livrent immédiatement, à prix fixe, avec une souplesse totale pour s’adapter aux besoins de nos partenaires, comme si c’était une marque blanche.

 

Notre pari, c’était de s’adapter à toutes les bourses en mettant le collaboratif au service des gens, sans « ubérisation », et je pense que c’est gagné.


On a misé sur deux avantages : on fait participer les gens aux prestations pour réduire leurs coûts (plus il y a de bras pour porter les cartons, moins le déménagement coût cher) et on peut réserver son déménagement en quelques clics, depuis le site ou l’appli. C’est beaucoup plus simple et moins anxiogène que de louer un véhicule, c’est aussi beaucoup moins cher.

Grâce à la participation des clients et une bonne logistique, ce qui est ma spécialité, on arrive à proposer les prix les plus bas du marché : à partir de 25€.

 


A part nous, il y a des plateformes qui commencent leurs prestations à 29€, mais elles ne fonctionnent pas comme nous, ce sont des services de mise en relation, qui sont financées par leurs commissions.

Le TdP est complètement différent : nous avons nos propres camions et tous nos chauffeurs permanents sont embauchés en CDI. Donc plutôt que de se faire payer pour mettre en relation un client et un indépendant, on maîtrise toute la chaîne, on assure un emploi stable à nos collaborateurs et on est certains de la qualité des prestations. Nous sommes incapables d’envoyer des chauffeurs que nous ne connaissons pas, c’est une relation de confiance que nous cultivons entre nos employés et nos clients.

D’ailleurs, c’est le bouche à oreilles qui a fait notre succès, parce que les gens nous apprécient. Quand je me suis lancé, j’avais un seul camion, que je conduisais, mon portable qui sonnait tout le temps, puis en quelques mois j’ai dû embaucher pour face au succès et en deux ans, j’emploie des dizaines de personnes et on a une flotte équivalente de camions (que l’on augmente d’ailleurs considérablement en en juillet/août).

Le TdP n’a fait aucune communication, aucune levée de fond pour se lancer. Par contre, on avait une volonté très claire, je parle souvent de service d’utilité sociale : proposer ce que le client a du mal à avoir, c’est-à-dire la simplicité de faire livrer des choses encombrantes à petit prix, en Ile-de-France.

 

 

Il y a plein de jeunes entrepreneurs comme moi, ils ont oublié qu’une entreprise c’était pour créer du bénéfice, ils sont tous dans la valorisation, ils veulent tous lever des fonds.

Je pense que grâce à ce refus du jeu médiatique et financier, on a évité l’illusion de l’entreprenariat que l’on retrouve souvent aujourd’hui, ces entreprises qui mettent tout dans la communication et les financements, puis se plantent après ou n’ont plus aucune marge de manœuvre au sein de leur activité, au service d’actionnaires.

Ce n’est pas facile de faire les choses de cette façon, on investit sa santé et son argent, on prend plus de risques mais au moins, nous sommes les capitaines de notre navire.

 

On s’appelle le Transporteur du Pauvre. Quand tu appelles ta société comme ça, c’est que tu veux militer pour ton indépendance, que tu la revendique. On revendique un collaboratif qui n’est pas ce que le marché en fait.

 

 

Je crois que c’est aussi pour cela qu’on nous apprécie et c’est ce qui me rend le plus heureux, le fait d’avoir réussi à construire une marque pour revendiquer l’approche de notre entreprise.

En maîtrisant tout, j’ai l’impression d’avoir créé quelque chose de vrai et de rendre un service utile aux gens, qui d’ailleurs nous submergent de commentaires sympas, on a même été invités à une quarantaine de crémaillères… Dès le début, on était bruts, on expliquait notre service et c’est tout.

Mais aujourd’hui on a plein d’anecdotes, nos chauffeurs nous racontent énormément d’histoires que leurs racontent les clients, certains pensent qu’on est une multinationale partout en France et ils nous demandent surtout si on est partout dans les autres villes, et oui c’est l’objectif à court terme, bientôt…

 

 

Depuis le printemps 2017, on commence à être reconnus par des grandes marques, pour des livraisons professionnelles, là aussi on a trouvé un bon créneau. On leur propose de la souplesse là où ils sont soumis à des contraintes, car notre spécialité, c’est de travailler avec des camions de 10 à 25 mètres cubes.

Donc, quand il faut réassortir un magasin en milieu de journée, ou pour de petites livraisons en ville, c’est très pratique pour les entreprises et notre plateforme leur permet de réserver nos services en quelques clics. Le B2B va nous faire prendre une autre dimension en 2018, mais on restera fidèles à notre activité de base, c’est sûr.

Pour être aussi réactifs, on a un système d’astreinte qui gère la coordination : le « jockey du TdP », celui qui transmet les documents, vient chercher une attestation, tourne toute la journée pour amener les camions, on rentabilise chaque minute des véhicules grâce à lui.

 

 

La logistique c’est le cœur du fonctionnement, c’est mon point fort, j’ai fait des études dedans, je m’y intéresse beaucoup. Je suis très fort en détails organisationnels, comment arriver à mes objectifs. A la base, le transport n’était pas mon rêve, par contre j’ai toujours su que je créerai une activité, le TdP est le premier dans lequel je mets du cœur.

On peut tout mettre sur ma route, je trouverai un moyen de le contourner, c’est ça qui m’intéresse : me confronter à la difficulté.

 

J’aime surmonter des défis, régler des problèmes, trouver des solutions sans faire de compromis sur ce qui m’importe. Ça fait du bien, et j’ai l’impression qu’on a réussi ça avec le TdP.

 

Si je devais donner un conseil à quelqu’un qui se lance ?


Bien séparer sa vie personnelle et professionnelle, ça permet de s’entourer avec des gens qui ont la même mentalité. Par exemple, mon associé est un ami d’enfance, professionnellement on peut tout se dire, être durs parfois, on sait que ça n’a rien à voir avec notre amitié.

C’est important de pouvoir tout dire directement, ne pas pouvoir s’exprimer ça ralentit tout. Etre bien entouré et offrir les meilleures conditions de travail possible à ceux qui embarquent dans l’aventure, je pense que c’est important.

Dernière chose : créer son activité n’est pas un long fleuve tranquille : on peut y laisser sa famille, sa santé, son argent, ses amis et ses amours… A méditer avant de se lancer !